L’INTELLIGENCE ANIMALE

L’éventail libérateur du vivant continue de s’ouvrir cette fois avec la 2° Journée Mondiale de l’Intelligence Animale le 2/2/19 à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris.

Sous l’impulsion de la chroniqueuse radio et auteure, la pétulante Yolaine de la BIGNE,  l’Intelligence Animale prend là avec ses quartiers en complément de son site http://www.lanimaletlhomme.com, son Université d’été en Bretagne, etc.

Plusieurs intervenants de qualité vont se succéder pour enfoncer le clou d’une nouvelle vision portée scientifiquement à la Faune.

Eric BARATAY 

Membre de l’institut universitaire de France, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Lyon, spécialiste de l’histoire des relations hommes – animaux et de celle des animaux eux-mêmes, il a publié « Biographies animales » (Le Seuil). Un spécialiste rare.

La récente multiplication des études scientifiques sur les intelligences de multiples espèces animales et leur retentissement médiatique ne peuvent se comprendre si on ne tient pas compte du lent travail social, littéraire, artistique, philosophique qui les a précédés et qui les sous-tend, et si on n’est pas conscient de la profonde transformation à l’oeuvre à propos de la vision occidentale des vivants, passant de la hiérarchie pyramidale au buisson poussant en tous sens.

Voici les grandes lignes de son intervention : « LES DESSOUS DE L’INTELLIGENCE ANIMALE »

Depuis l’Antiquité règnait la vision de l’animal « indistinct », guidé seulement par son instinct, permettant de valoriser l’ordre humain en vue de son exploitation. D’abord la philosophie grecque, Platon et Aristote, qui influença la pensée catholique, Thomas d’Aquin, etc. Puis, la théorie de Descartes sur « l’animal-machine » se reporta sur la Science.

Pour mémoire, St François d’Assise fait figure de pionnier en référence à l’Evangile de Marc (16,15 ): « Allez par tout le monde prêcher à toutes les créatures. » Il est devenu le saint patron des animaux et des écologistes.

On note aussi les oppositions marginales du Curé Jean MESLIER (1864-1729) en Ardenne. Ainsi que Charles LE ROY (1729-1789). Il est question de leurs émotions.

Ce n’était pas de combat de DARWIN au 19° siècle. Le béhaviorisme de WATSON (20°s) porte sur l’animal mécanique, car le « comportement définit l’espèce. »

Pourtant, l’intelligence dévolue aux animaux va commencer à poindre au 19° siècle même via l’anthropomorphisme. Les mémoires d’un âne de la Comtesse de SEGUR  mettent en scène Cadichon, etc.

Au 20° siècle c’est l’ouverture avec les spécialistes – Jane GOODALL Les chimpanzés de Gombe (qui utilisent des outils pour chasser et pêcher), Les chimpanzés et moi. Sans oublier le grand public, diffusant la vie de son chien, son chat domestique. Jusqu’au héros de BD, PIF et HERCULE, etc. C’est la prise en compte des points de vue des animaux.

NB : fin 19°s, un peintre allemand, Franz MARK, avait représenté celui des animaux d’un parc zoologique.

La reconnaissance de l’intelligence et de la conscience animale continue de lutter contre l’anthropomorphisme du béhaviorisme et de l’éthologie. De fait, le débat s’avère vain à opposer l’homme et l’animal, l’intelligence et l’instinct. Car l’animal offre une grande diversité. Et il y a autant de différences entre l’homme et l’animal, qu’entre les différentes espèces peuplant la Terre. Et surtout, on continue toujours à les juger par rapport à l’homme !

L’exploitation du monde animal continue, mais on investit pas autant dans leur connaissance, et encore moins dans leur reconnaissance. Question de cultures. Au Japon, la civilisation diffère ; les questions se posent autrement.

Ensuite, en parallèle de la découverte de leur intelligence, la preuve de leur souffrance a été mise à jour, par exemple dans la tauromachie (années 1990). On peut prouver aujourd’hui que le taureau n’est pas conçu pour la corrida.

L’heure est venue de sortir du moule intellectuel, de l’obsession occidentale du primat de l’homme au centre du monde et de l’univers. Cette impasse nous oblige à désanthropiser nos concepts. (cf. « sortir du modèle humain » de JC FILLOUX).

La définition humaine de l’intelligence ne peut s’appliquer aux animaux. Il faudrait définir un concept pour chaque espèce, sans parler du reste. Par exemple, un animal respire ; une plante aussi, mais autrement.

Prenons le test (bidon) du miroir. Il faudrait plutôt présenter un miroir olfactif, sonore, etc pour le chien.

En final, il n’y a plus de vision « normale » du monde. Nous assistons à un changement de représentation hiérarchisé et pyramidal du monde en vigueur depuis le christianisme, influencé par la pensée grecque dans sa notion de l’âme. La dialectique homme-animal renvoyait à celle de Dieu-Diable.

NB : quid de l’Arche de Noé ou les genres humain et animal coexistaient ?

Alors émerge cette vision arborescente de la complexité de la vie (cf. schéma de l’Ecole Normale Sup’). En somme l’arbre de vie réévalué dans l’originalité de chaque espèce. Par conséquent, gardons le juste milieu entre :

  • l’anthropomorphisme quand les facultés humaines jugent l’animal, ses projections comme l’âne Cadichon de la célèbre Comtesse,
  • l’anthropocentrisme et sa parcimonie scientifique. Et privilégions une pensée de questionnement de communauté. L’avenir est à l’alliance des sciences de la nature et des sciences humaines renouvelées dans l’interactionnisme symbolique.
  • Merci à Eric BARATAY de nous mettre ainsi les pendules à l’heure ! Au sein du vivant les mondes ne vont pas finir de se dévoiler, à force de s’interpénétrer.
  • Après le credo « Et si la Nature était la solution ? » (Biomimexpo) s’en dessine un nouveau « L’animal est-il l’avenir de l’homme ? » (à son tour après la femme…) En tout cas les perspectives de découvertes et de réflexions s’annoncent stupéfiantes :
    – le chien capte les odeurs, présentes, passées et futures : aurait-il accès au Continuum de l’espace-temps ?
    – notre perception de l’Intelligence végétale, de l’intelligence du monde vivant en général progresse en même temps que l’intelligence artificielle.
  • A ce défi, une seule attitude s’impose : l’adaptation !
  • Nous passons bien d’un schéma binaire à un modèle multipolaire, de la Verticale à l’Horizontale, de la Loi du Père à la Loi de la Mère, de l’infiniment grand à l’infiniment petit…La voilà réellement advenir l’ère du Verseau tant de fois proclamée.

Didier VAN CAUWELAERT : « ET SI TU ETAIS UNE ABEILLE »

« Prix Goncourt pour Un aller simple, Didier Van Cauwelaert est également l’auteur de nombreux romans à succès : Jules, La Femme de nos vies, On dirait nous… Il a publié chez Michel Lafon Le Journal intime d’un arbre en 2011, et le beau livre Les Abeilles et la Vie en 2013. Avec son dernier ouvrage Et si tu étais une abeille, c’est aux enfants qu’il a décidé de faire découvrir le monde des abeilles.

L’écrivain et grand raconteur d’histoires, s’adresse aux enfants pour les sensibiliser à l‘intelligence des abeilles. Il leur propose, avec leurs parents de rentrer dans la ruche pour y découvrir un monde fascinant, qui existe depuis 140 millions d’années !

Chacun peut choisir son rôle : « nourrice », « butineuse », « constructrice » ou même « reine », et partager la vie trépidante des abeilles. Il y a tant à faire dans la ruche, mais aussi à l’extérieur : nourrir les larves, nettoyer, ventiler, construire les alvéoles, empêcher les intrus d’entrer, partir butiner à des kilomètres à la ronde, revenir expliquer aux autres abeilles, par une danse d’orientation, ou se trouvent les meilleures fleurs…

De quoi découvrir les pouvoirs incroyables des abeilles que les humains ne possèdent plus – ou pas encore… »

Un personnage brillant, humble et sympathique, très à l’aise dans un sujet des plus complexes. Etonnant…

 

Fleur DAUGEY : « LES ANIMAUX HOMOS »

« Ecrivaine, journaliste scientifique et éthologue de formation, Fleur Daugey est l’auteure de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique. Son travail a été couronné par plusieurs prix scientifiques. Parmi ses récents ouvrages : Animaux homos (Albin Michel).

L’intelligence émotionnelle des animaux leur confère une tolérance que les hommes ne connaissent pas toujours. Ainsi, l’homosexualité animale a longtemps été considérée comme étant « contre nature ». Encore taboue dans la communauté scientifique, et très peu connue du grand public, elle a pourtant été observée chez près de 500 espèces.

Plaisir, jeux de séduction, câlins, caresses, fidélité et routine de la vie de couple, protection de la progéniture : en s’appuyant sur des recherches éthologiques et comportementales, elle nous fait découvrir les multiples facettes, parfois bien surprenantes, de la sexualité animale, qui n’est pas que tournée vers la reproduction, et en dégage la signification au regard de l’évolution des espèces. »

L’homosexualité est-elle contre nature ? 1500 espèces animales ont été recensées dans ce but, mais seules 500 ont été étudiées.
Ce phénomène est commun dans l’ensemble du monde animal. De fait, tout y existe avec une infinie variété, dont la bisexualité, et même l’asexualité. Le Kama-Soutra des positions de plaisir varie selon les espèces.

On connait l’hypersexualité des dauphins, voir parfois leurs instincts prédateurs. Un couple homo peut durer une vie.
L’albatros de Leysan vit la parentalité homosexuelle.
Exemple des mouflons homos du Canada.
Cas des animaux transgenres : les poissons mérous femelles deviennent mères, puis mâles.

Comme chez les humains, il y a une part pour le plaisir, et une autre pour la reproduction. Et parfois la non-reproduction.

L’histoire en fait mention : Aristote dans son Histoire des animaux, Buffon, Henri Gadeau de Kerville avec son étude du mystère des hannetons pédérastes.

La question de la morale ne se pose pas : la nature n’est pas l’étalon de celle des humains. Et a priori l’homophobie n’existe pas chez eux.

Avec une part de hasard et d’inconnues, la diversité des comportements sexuels de la Faune porte la vie.

Le sujet n’est pas scabreux dans ce cadre-là, mais ne manquera pas d’interroger notre propre morale. Les animaux n’ont pas fini de nous surprendre, de nous enseigner la tolérance et ses limites.

Et laissons à nos compagnons domestiques leurs secrets.

• Sébastien MORO : « QUI SONT LES POISSONS ? »

« Conférencier, chroniqueur, rédacteur scientifique, youtubeur et co-auteur de la bande dessinée Les paupières des poissons, il est sur tous les fronts pour transmettre au grand public les dernières découvertes sur nos cousins à plumes, à poils, à écailles ou à
exosquelettes.

Soyons honnêtes, les poissons, de prime abord, ça a l’air nul. Pourtant les découvertes scientifiques de ces dix dernières années nous peignent un tableau bien différent. Nos cousins aquatiques n’ont en réalité rien à envier aux vertébrés terrestres, primates y compris ! Excellente mémoire, anticipation des évènements, utilisation d’outils, jeu, espionnage ou transmission culturelle : les poissons savent tout faire ! Prenez vos masques et vos bouées et embarquez pour un voyage sous-marin extraordinaire ! »

Là, on rentre dans un monde inconnu et stupéfiant de variétés : 30000 espèces en majorité de poissons osseux, et de souche aussi vieille que les hominidés. Leur taille, de 7mm à 20 m de long. Leur durée de vie, de 59 jours à 400 ans. Quant à leur préservation, de 1000 à 3000 milliards sont tués par an !

Plongez dans les publications de Sébastien MORO pour en savoir plus ; et il y a de quoi !

Une journée de qualité avec du contenu, enfin ! J’adore.

 

Eric LE NOUVEL

Et félicitations à Sabine BERNARD pour ses photos animalières, dont celle choisie pour ce colloque. Tout est une question de regard, et se lit dans le regard du vivant. Merci.

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